Depuis quelques années, nous voyons circuler de plus en plus de messages, d’images et de vidéos présentés comme « catholiques ». Certains parlent du pape, d’un évêque, d’un miracle, d’une apparition, d’une prophétie ou d’un danger pour l’Église.
Le problème est que beaucoup de ces contenus sont faux.
Ils ne sont pas toujours faciles à repérer. Avec l’intelligence artificielle, il est maintenant possible de fabriquer une image très réaliste, une fausse voix, une fausse vidéo ou un faux discours. On peut faire dire au pape une phrase qu’il n’a jamais dite. On peut faire parler un évêque dans une vidéo qui semble vraie. On peut inventer un miracle ou une révélation privée et la présenter comme une information urgente.
Pour nous chrétiens, cela pose une vraie question : comment rester fidèles à la vérité ?
Des exemples récents qui doivent nous alerter
En 2023, une image du pape François portant une grosse doudoune blanche a fait le tour du monde. Beaucoup de personnes l’ont crue vraie. Pourtant, cette image avait été créée par intelligence artificielle. Peu après, d’autres images ont prétendu montrer le « mariage » du pape François avec une jeune femme. Là encore, l’AFP a vérifié : ces images étaient fausses et générées par IA. Le Vatican a confirmé qu’il s’agissait de fausses photos. (Factuel)
En 2025, après l’élection du pape Léon XIV, de nombreuses vidéos ont circulé sur YouTube, TikTok ou Facebook. Elles faisaient entendre une voix ressemblant à celle du pape et lui attribuaient des sermons, des messages urgents ou des paroles qu’il n’avait jamais prononcées. Une enquête citée par http://Cath.ch indique que des dizaines de pages diffusaient ce type de contenus générés par IA ; YouTube et TikTok ont ensuite supprimé plusieurs chaînes ou comptes signalés. Certaines vidéos avaient atteint des millions de vues. (Cath)
Un autre exemple : des publications ont affirmé que le pape Léon XIV avait répondu à une lettre du dirigeant burkinabè Ibrahim Traoré. L’AFP a montré que c’était faux : le Vatican a démenti, et la vidéo utilisée venait en réalité d’une rencontre du pape avec des journalistes, le 12 mai 2025, où il ne parlait pas du Burkina Faso. (Factuel)
D’autres fausses citations ont également été attribuées au pape Léon XIV. Par exemple, une phrase très politique, largement partagée sur Facebook, a été présentée comme venant de lui. Les Surligneurs ont vérifié : aucune source fiable ne prouve que le pape ait prononcé ces paroles. (Les Surligneurs)
Ces exemples montrent une chose importante : les fausses informations religieuses ne sont plus seulement grossières ou faciles à reconnaître. Elles peuvent être très bien faites.
Pourquoi ces fausses nouvelles circulent-elles autant ?
Elles circulent parce qu’elles touchent notre foi, nos peurs, notre émotion ou notre confiance.
Un message qui commence par « Le pape vient de dire… », « Une prophétie annonce… », « Partagez vite avant suppression… » ou « Les médias n’en parlent pas… » attire facilement l’attention.
Ces contenus utilisent souvent trois leviers :
L’urgence : “Partagez tout de suite.”
La peur : “L’Église est en danger.”
L’émotion religieuse : “C’est un signe de Dieu.”
Or, notre foi ne nous demande pas d’être naïfs. Elle nous demande d’aimer la vérité. Le huitième commandement nous appelle à ne pas porter de faux témoignage. Partager une information fausse, même sans mauvaise intention, peut faire du mal.
Cela peut abîmer la réputation d’une personne, créer de la peur, diviser les communautés, affaiblir la confiance envers l’Église et rendre moins crédibles les vraies paroles du pape, des évêques ou des prêtres.
L’intelligence artificielle : un outil puissant, mais dangereux si elle trompe
L’Église ne dit pas que l’intelligence artificielle est mauvaise en elle-même. Elle peut servir à apprendre, traduire, créer, organiser, aider. Mais elle peut aussi être utilisée pour manipuler.
Dans le document Antiqua et nova, publié en 2025, le Vatican rappelle que l’IA peut produire des contenus faux, biaisés ou fabriqués. Le document met particulièrement en garde contre les « fake news » et les « deepfakes », c’est-à-dire des images, vidéos ou voix manipulées qui peuvent tromper le public. (Vatican News)
Il ne faut donc pas condamner la technique en elle-même. Mais il faut apprendre à l’utiliser avec prudence, intelligence et responsabilité.
Comment reconnaître une fausse information ?
Avant de partager un message, prenons quelques réflexes simples.
D’abord, regardons la source. Est-ce que l’information vient du site officiel du Vatican, du diocèse, de la Conférence des évêques, d’un média reconnu, ou seulement d’un compte Facebook, WhatsApp, TikTok ou YouTube inconnu ?
Ensuite, méfions-nous des phrases trop fortes : « incroyable », « urgent », « on vous cache la vérité », « partagez à tous vos contacts », « le pape révèle enfin… ». Ces mots sont souvent utilisés pour nous faire réagir trop vite.
Il faut aussi vérifier si d’autres sources sérieuses parlent de la même information. Si une parole importante du pape était réelle, elle serait reprise par Vatican News, par le site du Saint-Siège ou par plusieurs médias fiables.
Pour une image ou une vidéo, soyons prudents. Aujourd’hui, voir ne suffit plus. Une vidéo peut être un montage. Une voix peut être imitée. Une image peut être entièrement fabriquée.
Enfin, posons-nous une question simple : ce message produit-il la paix, la vérité et la charité ? Ou bien la peur, la colère et la division ?
Une règle chrétienne simple : ne pas partager dans le doute
Quand nous ne sommes pas sûrs, le mieux est de ne pas partager.
Ce n’est pas de la lâcheté. C’est de la prudence. C’est même un acte de charité.
Avant d’envoyer un message à un groupe WhatsApp paroissial, à sa famille ou à ses amis, nous pouvons nous dire :
Ai-je vérifié ?
Est-ce que je connais la source ?
Est-ce que cela peut blesser quelqu’un ?
Est-ce que cela peut créer de la peur inutile ?
Est-ce vraiment utile de le diffuser ?
Si la réponse n’est pas claire, mieux vaut s’abstenir.
Quelques bons réflexes à adopter
Pour vérifier une information catholique, nous pouvons consulter en priorité :
le site officiel du Vatican,
Vatican News,
le site du diocèse,
le site de la Conférence des évêques de France,
des médias catholiques reconnus,
ou des sites de vérification comme AFP Factuel.
Nous pouvons aussi demander conseil à une personne de confiance : un prêtre, un diacre, un responsable paroissial, ou quelqu’un habitué à vérifier les sources.
Dans nos groupes paroissiaux, nous pouvons adopter une règle simple : on ne partage pas une information religieuse spectaculaire sans source fiable.
Être chrétien, c’est aussi servir la vérité
Les réseaux sociaux peuvent être utiles pour évangéliser, informer, inviter à une messe, annoncer une rencontre, partager une prière ou soutenir quelqu’un.
Mais ils peuvent aussi devenir un lieu de confusion.
Notre responsabilité est donc grande. Quand nous partageons une fausse information, même sans le vouloir, nous participons à sa diffusion. Quand nous vérifions avant de partager, nous rendons service à toute la communauté.
La vérité n’a pas besoin de mensonge pour être forte.
La foi n’a pas besoin de rumeurs pour toucher les cœurs.
L’Évangile n’a pas besoin de fausses nouvelles pour être annoncé.
Alors, avant de cliquer sur « transférer », prenons quelques secondes.
Vérifions. Réfléchissons. Prions même, si nécessaire.
Et choisissons toujours la vérité, la paix et la charité.