« Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père. » (Mt 13,43)
Nous avons tous cette tentation : classer rapidement les personnes. Celui-ci est généreux, celui-là est compliqué. Cette personne est engagée, une autre ne fait jamais rien. Nous pensons parfois savoir qui est le « bon grain »… et qui ressemble davantage à « l’ivraie ».
Pourtant, dans l’Évangile de ce jour (Mt 13,36-43), Jésus nous invite à une tout autre attitude.
En expliquant à ses disciples la parabole de l’ivraie, il rappelle que le bien et le mal coexistent dans le monde jusqu’au jour de la moisson. Mais il révèle surtout quelque chose d’essentiel : le jugement définitif n’appartient pas aux hommes, il appartient à Dieu.
Pourquoi cette patience de Dieu ?
Parce qu’il voit ce que nous ne voyons pas.
Nous regardons le présent ; Dieu voit le chemin parcouru et celui qui reste à parcourir. Nous observons les limites d’une personne ; Lui contemple déjà ce que sa grâce est capable de faire naître dans son cœur.
Combien de saints auraient été jugés trop vite s’ils avaient croisé notre route au mauvais moment de leur vie ?
Cette parole de Jésus est particulièrement précieuse pour une communauté chrétienne comme la nôtre.
Dans une paroisse, il est facile de se laisser enfermer dans des impressions : « Il est toujours en retard… », « Elle ne participe jamais… », « On ne peut pas compter sur lui… », « Ils ne comprennent rien… ».
Peu à peu, ces étiquettes deviennent plus fortes que les personnes elles-mêmes.
Or Jésus nous demande de résister à cette tentation. Non par naïveté, mais parce que la grâce de Dieu continue d’agir silencieusement dans le cœur de chacun.
Notre mission n’est pas d’arracher l’ivraie chez les autres. Notre mission est de favoriser la croissance du bon grain.
Cela change profondément notre manière de vivre ensemble.
Encourager plutôt que décourager.
Écouter avant de juger.
Croire en la capacité de chacun à grandir.
Accueillir celui qui revient après une longue absence.
Donner une nouvelle chance.
Faire confiance à l’action discrète de l’Esprit Saint.
Ainsi, notre communauté devient un lieu où chacun peut mûrir à son rythme, sans être enfermé dans son passé ni réduit à ses fragilités.
Il ne s’agit pas d’ignorer les difficultés ou de renoncer au discernement. Jésus ne nie pas l’existence de l’ivraie. Mais il nous apprend que la première réponse du chrétien n’est jamais la condamnation : c’est la patience, l’espérance et la confiance dans l’œuvre de Dieu.
Demandons cette semaine au Seigneur un regard nouveau sur celles et ceux que nous côtoyons.
Peut-être verrons-nous alors qu’au milieu des fragilités, des maladresses ou des différences, un épi est déjà en train de mûrir. Et si nous commencions aussi par poser ce regard sur nous-mêmes ? Car nous sommes tous, à des degrés divers, un champ où le Christ fait patiemment grandir son bon grain.
Laissons-le poursuivre son œuvre.
C’est ainsi que, peu à peu, notre Unité Pastorale deviendra le beau champ que le Seigneur est venu semer de son amour.