Ce lundi 29 juin 2026, l’Église célèbre solennellement saint Pierre et saint Paul. Deux hommes très différents. Deux tempéraments. Deux histoires. Deux manières de servir le Christ. Et pourtant, une seule mission : annoncer Jésus, l’aider à bâtir son Église, et conduire les hommes vers le Royaume de Dieu.
L’Évangile du jour ce 29 juin 26 nous rapporte cette parole décisive de Jésus à Simon-Pierre :
« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du Royaume des Cieux. »
(Mt 16, 18-19)
Pierre reçoit une mission de fondation, de stabilité, de communion. Il est celui sur qui Jésus choisit de bâtir son Église. Mais cette fête ne célèbre pas Pierre seul. Elle associe aussi Paul, l’apôtre des nations, celui qui portera l’Évangile au-delà des frontières d’Israël, jusqu’au monde païen.
Deux apôtres, deux vocations différentes, mais un même objectif : que le Christ soit connu, aimé et annoncé.
Pierre : celui qui fait tenir la communauté
Pierre est souvent présenté comme le premier des apôtres. Il est celui qui prend la parole au nom des Douze. À Césarée de Philippe, quand Jésus demande : « Pour vous, qui suis-je ? », c’est lui qui répond :
« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »
(Mt 16, 16)
Cette confession de foi devient le socle sur lequel Jésus bâtit son Église. Pierre n’est pas choisi parce qu’il est parfait. Il est choisi parce qu’il se laisse saisir par le Christ.
Car Pierre est aussi un homme fragile. Il est généreux, mais parfois impulsif. Il promet à Jésus de ne jamais l’abandonner, puis il le renie trois fois pendant la Passion :
« Je ne connais pas cet homme. »
(Mt 26, 74)
Et pourtant, après la résurrection, Jésus ne l’écarte pas. Il ne lui dit pas : « Tu m’as trahi, tu n’es plus digne. » Il lui pose simplement cette question, trois fois :
« Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? »
(Jn 21, 15-17)
Puis il lui confie à nouveau une mission :
« Pais mes brebis. »
(Jn 21, 17)
Pierre nous apprend que la mission dans l’Église ne repose pas d’abord sur notre perfection, mais sur notre amour du Christ et notre disponibilité à nous relever. Il devient celui qui rassemble, qui confirme ses frères, qui garde l’unité. Jésus lui avait dit :
« Quand tu seras revenu, affermis tes frères. »
(Lc 22, 32)
Pierre est donc la figure de celui qui fait du lien. Il tient la communauté dans la foi. Il rappelle que l’Église n’est pas une addition d’individus, mais un peuple rassemblé autour du Christ.
Paul : celui qui ouvre les portes aux nations
Paul, lui, n’a pas connu Jésus pendant sa vie terrestre. Il n’a pas fait partie des Douze. Au départ, il n’est même pas disciple : il persécute les chrétiens. Il le reconnaîtra lui-même avec humilité :
« Moi, je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Église de Dieu. »
(1 Co 15, 9)
Mais sur le chemin de Damas, le Christ ressuscité vient bouleverser sa vie :
« Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? »
(Ac 9, 4)
À partir de cette rencontre, Paul devient un homme entièrement donné à l’annonce de l’Évangile. Il parcourt les routes, fonde des communautés, écrit aux jeunes Églises, encourage, corrige, enseigne, console.
Sa mission est claire :
« Cet homme est l’instrument que j’ai choisi pour faire parvenir mon nom auprès des nations. »
(Ac 9, 15)
Paul est l’apôtre du mouvement, de la sortie, de l’audace missionnaire. Il ne garde pas l’Évangile dans un cercle fermé. Il le porte vers ceux qui ne connaissent pas encore le Christ. Il dira :
« Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! »
(1 Co 9, 16)
Paul nous rappelle que l’Église n’existe pas pour elle-même. Elle est envoyée. Elle reçoit le Christ pour le donner. Elle se rassemble pour être ensuite dispersée dans le monde comme témoin de l’Évangile.
Des hommes imparfaits, rendus capables par Dieu
Ce qui est beau dans la fête de Pierre et Paul, c’est que l’Église ne célèbre pas deux héros sans faille. Elle célèbre deux hommes transformés par la grâce.
Pierre a renié. Paul a persécuté. Pierre a eu peur. Paul a dû apprendre à recevoir sa mission d’un autre que lui-même. Aucun des deux ne pouvait dire : « Je mérite cette mission. » Tous les deux auraient pu se sentir indignes.
Mais Dieu ne choisit pas seulement les plus forts, les plus sûrs, les plus irréprochables. Il choisit des personnes capables de se laisser rejoindre, convertir et envoyer.
Paul l’exprimera avec cette phrase bouleversante :
« Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. »
(2 Co 12, 9)
La faiblesse n’est pas un obstacle définitif pour Dieu. Elle peut devenir le lieu où sa grâce agit. Ce qui compte, ce n’est pas d’être parfait avant de répondre à l’appel. Ce qui compte, c’est d’accepter que Dieu nous rende capables.
Pierre et Paul : deux missions pour une même Église
Pierre et Paul n’ont pas reçu exactement la même mission.
Pierre représente davantage la communion, la stabilité, l’unité de la communauté. Il est celui qui aide les frères à tenir ensemble dans la foi.
Paul représente davantage l’élan missionnaire, la sortie, l’annonce aux nations. Il est celui qui franchit les frontières pour que de nouvelles communautés naissent.
L’Église a besoin des deux.
Elle a besoin de Pierre : des personnes qui rassemblent, apaisent, relient, encouragent, gardent la communion, prennent soin des plus fragiles, aident la communauté à ne pas se disperser.
Elle a aussi besoin de Paul : des personnes qui osent aller vers ceux qui sont loin, inventer de nouveaux chemins, parler de la foi dans des lieux inattendus, créer des liens avec des personnes qui ne viennent pas spontanément vers l’Église.
Une communauté chrétienne ne peut pas vivre seulement tournée vers elle-même. Mais elle ne peut pas non plus partir en mission si elle n’est pas enracinée, unie, fraternelle et nourrie par la foi.
Pierre et Paul nous rappellent donc que l’Église respire avec deux poumons : la communion et la mission.
Et nous, sommes-nous plutôt Pierre ou Paul ?
Cette fête nous pose une question très concrète : dans notre paroisse, dans notre quartier, dans notre famille, dans notre équipe, quelle est notre manière de servir le Christ ?
Sommes-nous plutôt Pierre ?
Sommes-nous de ceux qui font du lien, qui accueillent, qui écoutent, qui consolident la communauté, qui veillent à ce que personne ne soit oublié ? Sommes-nous de ceux qui aident l’Église à rester fraternelle, simple, fidèle et unie ?
Sommes-nous plutôt Paul ?
Sommes-nous de ceux qui sentent l’appel à sortir, à proposer, à annoncer, à créer de nouveaux ponts avec ceux qui sont loin de l’Église ? Sommes-nous de ceux qui ont le désir de parler du Christ dans le monde d’aujourd’hui, avec des mots accessibles, dans les lieux où vivent les hommes et les femmes de notre temps ?
Il ne s’agit pas d’opposer Pierre et Paul. Il s’agit de reconnaître que l’Esprit Saint donne des charismes différents pour construire une même Église.
Comme le dit saint Paul :
« Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. »
(1 Co 12, 4-5)
Une mission pour l’UPEV aujourd’hui
À l’UPEV, cette fête peut nous aider à relire notre propre mission.
Nous avons besoin de personnes qui bâtissent la communion : dans les équipes liturgiques, la catéchèse, l’accueil, les groupes bibliques, les services fraternels, les temps de prière, les rencontres paroissiales. Ce sont des missions “à la manière de Pierre”.
Nous avons aussi besoin de personnes qui ouvrent des chemins nouveaux : vers les jeunes, les familles éloignées de l’Église, les nouveaux habitants, les personnes isolées, les cultures différentes, les croyants en recherche, ceux qui n’osent pas franchir la porte d’une église. Ce sont des missions “à la manière de Paul”.
Pierre et Paul nous disent ensemble : « N’attends pas d’être parfait pour servir. Laisse le Christ te relever, te former, te convertir, puis t’envoyer. »
L’Église n’est pas construite par des hommes et des femmes sans défaut. Elle est construite par des baptisés qui acceptent de mettre leur vie, avec ses forces et ses fragilités, entre les mains du Seigneur.
En célébrant Pierre et Paul, demandons cette grâce : reconnaître notre vocation propre, ne pas avoir peur de notre faiblesse, et répondre à l’appel du Christ là où il nous envoie.
En début 2027, notre UPEV recevra vingt missionnaires rédemptoristes, pendant une semaine. C’est un véritable événement pour nous. Avec eux nous serons en mission pour que le Christ rayonne dans notre coeur et celui de ceux qui ne le connaissent pas encore.
Car aujourd’hui encore, le Seigneur bâtit son Église.
Et il veut la bâtir avec nous.