« Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson. » (Mt 13, 30)

Lorsque nous entendons la parabole du bon grain et de l’ivraie (Mt 13, 24-30), nous avons spontanément tendance à regarder autour de nous. Nous pensons aux injustices du monde, aux violences qui nous révoltent, aux divisions qui traversent nos familles, notre société, parfois même notre Église. Nous aimerions que Dieu intervienne rapidement pour faire disparaître tout ce qui fait obstacle au bien.

Pourtant, Jésus nous invite peut-être à commencer par un autre regard : celui que nous portons sur notre propre cœur.
Et si le champ dont parle l’Évangile était aussi notre vie intérieure ?
En chacun de nous poussent des graines semées par Dieu : la générosité, la foi, la patience, le désir d’aimer, la capacité à pardonner. Ce sont les épis de blé que le Seigneur fait grandir avec une infinie délicatesse.
Mais, en même temps, nous découvrons aussi des herbes indésirables : l’orgueil, la jalousie, la peur, le découragement, le besoin d’avoir raison, les blessures qui ferment le cœur ou les habitudes qui nous éloignent peu à peu de Dieu.

Le plus surprenant est que, comme dans la parabole, le blé et l’ivraie se ressemblent parfois beaucoup.
Le désir de bien faire peut facilement devenir une volonté de tout contrôler.
Le courage peut se transformer en dureté.
La prudence peut cacher la peur.
La recherche de la vérité peut glisser vers le jugement des autres.
Le zèle pour Dieu peut parfois masquer notre propre orgueil.

Il est alors facile de confondre l’un avec l’autre. Nous croyons défendre le bien alors qu’une part de nous cherche surtout à être reconnue, rassurée ou valorisée. C’est pourquoi Jésus demande de ne pas arracher trop vite ce que nous pensons être de l’ivraie : nous risquerions d’endommager aussi le blé.

Cette parole nous enseigne l’humilité.
Nous ne sommes pas toujours les meilleurs juges de notre propre cœur. Ce qui nous paraît aujourd’hui être une faiblesse peut devenir, entre les mains de Dieu, un chemin de croissance. Inversement, ce dont nous sommes fiers peut parfois cacher une fragilité que seul l’Esprit Saint peut mettre en lumière.
La patience de Dieu n’est donc pas une faiblesse. Elle est une preuve de son immense confiance. Il sait que notre histoire n’est pas achevée. Il nous laisse le temps de grandir, de discerner, de nous convertir.
C’est aussi un appel à la patience envers les autres. Nous sommes souvent prompts à classer les personnes entre les « bons » et les « mauvais ». Mais Dieu, lui, regarde toujours plus loin que le présent. Il voit ce que chacun peut encore devenir. Combien de saints ont d’abord été des pécheurs ! Combien de conversions ont surpris ceux qui pensaient qu’il était trop tard !

En ce temps de l’été, alors que les champs mûrissent lentement sous le soleil, demandons au Seigneur la grâce d’un regard nouveau. Non pas un regard naïf qui nierait le mal, mais un regard humble qui reconnaît que le premier champ à cultiver est celui de notre propre cœur.
Demandons à l’Esprit Saint de nous aider à discerner ce qui, en nous, nourrit le blé de l’Évangile et ce qui ressemble à l’ivraie sans que nous en ayons toujours conscience. Car c’est en laissant Dieu travailler patiemment notre cœur que le bon grain pourra porter tout son fruit.

« Seigneur, fais grandir en nous le bon grain que tu as semé, et donne-nous l’humilité de te laisser transformer ce qui, dans notre cœur, a encore besoin de ta lumière. »